Comment trouver un appartement à New York? Dos and Don’ts… Chapitre 3

Posted on November 9, 2011 by admin


Chers tous,

Je vais devoir ENCORE déménager. Bientôt. Dans quelques mois, pour être précise. Oui je sais, cela me laisse du temps, mais trouver une colocation à New York est un nightmare et l’angoisse commence déjà à monter.

Permettez-moi donc ici de faire un petit détour par le passé afin de publier un Guide Pratique de la Colocation à New York (le GPCNY!)”  

Chapitre 1: Je cherche, donc je suis. (A lire ici)

Chapitre 2: Clash culture. (A lire ici)

Chapitre 3: Sleeping with the Enemy (enfin pas dans la même chambre)

[Flashback début 2010]
“Je déménage à nouveau… Et bien oui, car ma colocataire du East Village, AA, s’avère être une personne mauvaise et dérangée cachée dans un corps de poupée chinoise. La situation s’est dégradée progressivement depuis le mois de février et je suis toujours légèrement traumatisée par ce qu’elle m’a fait subir ! C’est pourquoi je vous fais un « petit » compte-rendu, histoire de pouvoir tourner la page en Anglais, et maintenant en Français. Teaser : pour ceux d’entre vous qui n’ont pas vu ce film génial, Single White Female, AA n’est peut-être pas une psychopathe qui a tué mon boyfriend à coups de talons-aiguilles, mais je vous peux vous affirmer qu’elle a de sérieux problèmes psychologiques!
Au début, je n’ai rien vu de spécial, ma colocataire était amicale. Quand j’ai emménagé, je pressentais qu’elle ne serait pas ma nouvelle meilleure amie, mais le courant passait entre nous et, surtout, j’aimais mon espace de vie. Quand j’ai commencé la cohabitation avec AA, le plus gros défaut que je lui trouvais c’était de passer presqu’une heure, montre en main, dans la salle de bain, quotidiennement (même quand elle ne prévoyait pas de sortir de l’appartement de la journée… un mystère que je n’ai jamais résolu) ! J’appréciais d’avoir une présence quand je rentrais chez moi et on fait a quelques sorties ensemble, toujours un bon signe quand on espère faire de sa colocataire à défaut d’une amie, au moins une copine… Donc ça roulait, jusqu’à ce qu’AA ait le cœur brisé par un mec trouvé sur un site internet de rencontres, et que je fasse tout mon possible pour la réconforter ! C’est confus ? Moi non plus je ne comprends pas comment on en est arrivé à tant d’AAnimosité, mais je vais essayer de vous expliquer…
Quand elle s’est faite larguée par son copain tout neuf (à peine quelques semaines au compteur), AA s’est transformée en créature larmoyante affalée sur le canapé du salon n’allant plus à ses cours de Master. Que faire dans cette situation ? Fermer ma porte ou lui apporter mon soutien du mieux que je pouvais, en espérant que cela nous rapprocherait ? J’avais opté pour la compassion (et la curiosité aussi, j’avoue), mais en fait AA ne m’a pas vraiment laissé le choix. Le premier weekend après sa rupture, elle m’a suivie partout, ressortant même ses rollers du fond de son placard pour m’accompagner dans ma séance d’exercice hebdomadaire ! Un soir elle m’a carrément appelée pour me demander avec insistance quand est-ce que je rentrais à la maison, alors que j’étais en train de diner chez une amie française !
Quelque part, ça me plaisait de jouer le bon samaritain, mais au bout d’un moment, j’ai commencé à silencieusement désapprouver cette attitude de martyre et à examiner plusieurs indices alarmants. AA n’a pas mis ses amis dans la confidence au pire de la crise (« qu’est-ce qu’ils vont penser de moi ? » me disait-elle, ma réponse, à l’évidence, « Si ce sont des vrais amis… »). De plus elle n’est apparemment pas assez proche de sa famille, ou trop pudique, pour partager ce genre de choses avec eux (mais avec moi, pas de soucis ?!). Elle a passé un nombre inimaginable d’heures très onéreuses (surtout pour une étudiante sans job) chez sa psy pour se faire conforter dans le fait que son mec était « emotionally unavailable », qu’il avait des « intimacy issues » (je déteste ce jargon que toutes les New Yorkaises utilisent à tour de bras pour expliquer le moindre problème de couple !). Comme dans une mauvaise comédie romantique hollywoodienne, elle m’a fait jeter le cadeau que son ex lui avait ramené du Mexique pour Noël. Ensuite, lorsqu’elle a voulu tenter un rabibochage avec le jeune homme, elle m’a fait écouter et réécouter et corriger et recorriger jusqu’à l’obsession et jusqu’au ridicule (même si dans ces moments là, je ne la jugeais pas, les peines de cœur arrivent à tout le monde) le message qu’elle comptait lui envoyer! Quand elle s’est rendue compte que cela n’allait pas marcher, elle lui a écrit une note pleine de rage (sans me demander mon aide cette fois, mais elle me l’a lue après coup)…
Finalement, au bout de plusieurs semaines, AA a quitté son spot préféré sur le canapé : là où elle avait accès à un stock illimité de mouchoirs, à la télécommande de la télé (on n’avait pas le câble, donc je peux vous dire qu’elle s’est enfilée des heures d’émissions et de pubs lobotomisantes), et à son téléphone (pour se faire livrer à manger). Quand elle n’a plus eu besoin de sa bouée de secours… moi, elle ne s’est pas donné la peine de s’intéresser à comment j’allais… moi. Elle s’est remise à ses études, monopolisant le salon (il est devenu son bureau, imprimerie, atelier de découpage/collage et occasionnellement studio photo!). Elle a abandonné toute forme de responsabilité domestique (ménage ou vaisselle), vivait comme un vampire (ses offices hours était de 4 heures de l’après-midi, après sa douche quotidienne interminable, jusqu’à 4 heures du matin), et ne me parlait pas, ou comme à un chien. En gros j’ai donné, mais je n’ai rien reçu en retour. Quand j’ai essayé de faire quelque chose pour retourner la situation, sans confrontation directe, et me réaffirmer dans mon espace de vie, il était trop tard. De façon incompréhensible, AA a continué à polluer l’ambiance qui régnait chez moi avec son hostilité, comme si elle m’en voulait de l’avoir vue si vulnérable.
La situation était presque intenable, mais je savais que si je mettais les choses sur la table, AA jouerait l’innocente. Je me plaignais sans cesse de ma colocataire Dr Jekyll et Mr Hyde auprès de mes amis New Yorkais, cependant je craignais encore plus de devoir me lancer à la recherche d’une nouvelle colocation avec des inconnus (voir chapitre 1 et 2). Finalement, mon dilemme se dénoua quand une amie me proposa de reprendre une chambre dans son appartement du West Village avec sa coloc américaine, à première vue normale, et un troisième locataire à sélectionner. Après hésitations (« c’est plus cher, je préfère le East Village, et si je ne me sens pas mieux dans la nouvelle coloc ? »), j’ai décidé que, même si ce n’était pas la solution parfaite (ça ne l’est jamais), je devais dégager de l’enfer de la cohabitation avec AA.
Le 1er mai, quand j’ai donné à AA mon mois de préavis, sa seule réaction a été de se plaindre qu’elle ait à chercher quelqu’un de nouveau (avec elle c’était toujours « me, me, me »). Ensuite elle s’est délestée complètement de toute forme de civilité à mon égard. Elle s’est rendue dans ma chambre en mon absence (et clairement elle n’y était permise sous aucune condition, other than fire emergency !), m’a menti éhontément (en soi, pour une broutille, mais ça en dit long sur notre rapport de confiance !). Elle a exigé que je sois absente quand elle a fait visiter ma chambre à des colocataires potentiels (bonus de la visite, elle a fait le ménage de tout l’appartement pour la première fois depuis que nous vivions ensemble !). Un des signes qui m’a fait comprendre que ça ne tournait pas tout à fait rond dans sa tête c’est quand je me suis rendue compte par hasard qu’elle m’avait enlevée de la liste ses amis sur Facebook, bien avant que je ne quitte les lieux. AA, la reine du passive agressive… et bravo la maturité à l’aube de ses 30 ans!
C’est difficile de vous expliquer à quel point cette situation m’a affectée. Tout se faisait insidieusement, une accumulation de petites choses insupportables. Pour moi, ma colocataire était devenue un monstre ! Traumatisée par la situation, j’ai presque été soulagée quand la bombe AA m’a explosée en pleine figure. C’était la preuve une bonne fois pour toutes que je n’étais pas paranoïaque et que cette fille avait un problème… (le fait qu’elle n’ait pas mis les pieds dehors entre février et mai, sauf pour aller en cours, y était peut-être pour quelque chose ?). Un soir, j’ai été réveillée à 4 heures du matin par AA qui claquait la porte de sa chambre à répétition, avec insistance, avec dédain, avec plaisir ? Impossible de me rendormir tellement j’étais choquée par tant de méchanceté gratuite. Le lendemain matin, je lui ai laissé un mot poli mais irrité, l’ai évitée en rentrant du travail, et me suis paisiblement endormie après avoir passé la soirée en bonne compagnie, à la recherche du meilleur rapport quantité/prix pour une frozen margarita dans le West Village.
A 4 heures du matin, même scénario que la veille. AA prenait son pied à me torturer, c’est moi qui vous le dis! Cette fois-ci je suis sortie immédiatement de ma chambre et ai interceptée la coupable entre deux claquements. Lorsque je l’ai confrontée, voici quelle a été sa réaction en VO : “What do I fucking care, why don’t you get used to it since you always make some noise, even when I told you five times not to”. Je tiens à préciser que sa perception du bruit doit être différente de la mienne : elle m’accusait MOI alors que tout ce que j’avais fait c’était de vivre dans notre appartement comme une personne normale et respectueuse, avec des horaires différents des siens. Mais AA était clairement le martyr puisqu’il m’était arrivé par le passé de la réveiller accidentellement à cause des VIBRATIONS des placards de la cuisine !!! Ce qui m’avait valu un avertissement désagréable de sa part, et la pose de  post-it de couleur rouge vif « quiet please » aux quatre coins de notre espace commun (no comment). Après qu’AA m’a aboyé la tirade ci-dessus à la figure, j’étais extrêmement choquée mais ne voulais pas en rester là, je voulais la forcer à se comporter comme une adulte ! Je me suis donnée cinq minutes pour me ressaisir et l’ai ré-interceptée quand elle est sortie de la salle de bain. Elle m’a accordé un charmant « I don’t want to talk to you » comme réponse, et m’a claqué (re-re-re-rebelote) la porte de sa chambre au nez pour me priver de toute forme de communication censée. Ce furent les dernières paroles que nous nous sommes échangées en personne.
J’ai réalisé cette nuit-là qu’AA avait développé un complexe de persécution et qu’il n’y avait plus rien à attendre d’elle. Il me restait 10 jours à survivre avec une fille qui avait pété les plombs (depuis un moment déjà apparemment !) et qui me traitait désormais comme la femme invisible, avec tout le mépris dont elle était capable. Je me suis donc mise en mode « commando » jusqu’à ce que je puisse m’installer officiellement dans mon nouveau chez moi : j’ai déménagé mes affaires qui avaient une valeur sentimentale ou financière, sauf mon ordinateur, dans mon futur salon ; j’ai fait un double des clés de chez AA en secret ; et je me suis installée chez une amie pendant qu’elle était en voyage d’affaire, God bless her !
Le  bras de fer psychologique allait commencer. AA avait toujours mon chèque de caution entre les mains, et donc un net avantage. Elle a daigné s’adresser à moi par écrit quand je lui ai envoyé un email à ce sujet, mais cela lui a pris quatre jours ! J’ai lu sa réponse avec stupeur. Voici comment elle présentait la situation : au 31 mai je devais laisser la chambre dans l’état où elle était quand j’y avais emménagé, les clés sur la table, et AA se proposait de m’envoyer mon chèque de caution par la poste quand elle recevrait la prochaine facture d’électricité et aurait fait la déduction (au milieu du mois suivant) !!! N’ayant absolument aucune confiance dans cette peste, il était pour moi inadmissible de me plier à ses conditions, d’autant plus qu’à mon emménagement elle m’avait fait signer un roommate agreement indiquant que je récupérais mon chèque au moment où je quitterais les lieux (laissés en bon état). Je lui ai laissé une note ferme disant qu’elle me devait ce chèque et que j’en laisserais un autre pour la facture d’électricité. Sa réponse finale était rédigée d’un ton particulièrement condescendant : elle me menaçait de changer la serrure si je ne déposais pas les clés en partant, précisant que le coût en serait déduit de mon chèque de caution que je recevrais plus tard (quand ça lui chante ?). Son email se terminait aussi sèchement qu’il avait commencé : « Do not leave me any more notes or emails I am not going to discuss this any further », me privant ainsi encore une fois de toute forme de communication. Malheureusement je n’étais pas en position de force, ou même de négociation et, comme je souhaitais continuer à me comporter comme une personne civilisée (évidement, j’aurais pu piquer son ordinateur !), le montant d’un mois de loyer qui me revenait de droit était « pris en otage ».
A ce niveau là de chantage, je n’avais plus aucun choix. J’étais en colère et humiliée, mais tout ce qu’il me restait à faire c’était suivre ses stupides règles et ne donner à AA AUCUNE excuse pour déduire un centime de plus de mon chèque de caution (tout en rêvant à des scénarios de vengeance diverses et variés, une façon comme une autre de se soulager !). J’étais donc plus que jamais en mode commando, mais le moral des troupes (enfin mon moral à moi quoi) a pris un coup quand j’ai réalisé que… le blu-tack américain que j’avais utilisé généreusement (qui pour info est vraiment bleu, et pas jaune ou blanc comme en France) avait laissé des traces de gras irréversibles un peu partout sur les murs de ma chambre. C’est sur cette réalisation déprimante que le weekend du 31 mai, le weekend de mon déménagement, est enfin arrivé. Aux Etats-Unis, il s’agit d’un weekend prolongé (« Memorial day » est férié). La canicule estivale était déjà au rendez-vous et toutes les New Yorkaises avaient sorti leurs plus beaux, pardon leurs plus courts, atours… Quand à moi, j’ai passé le weekend en « bleu de travail », et en solitaire, tous mes amis d’ici étant en vadrouille à droite à gauche pour le long weekend.
Day One, samedi : J’ai fini de tout empaqueter ; fini de retirer le blu-tack de mes murs désormais nus mais toujours sales (cela m’a quand même pris des heures !) ; ai tenté en vain de faire disparaitre les traces restantes avec l’éponge magique de Mr. Propre (vraiment magique pour tout, sauf pour ça…) ; ai continué les allers-retours entre mes trois appartements (l’ancien, le nouveau et celui de mon amie en voyage) parfois en métro, parfois en taxi, mais toujours avec des sacs aux bras.
Day Two, dimanche : Merci mon Américain ! Même à distance, mon boyfriend a carrément assuré ! Il m’a envoyé son frère, avec voiture et ami, pour m’aider à déménager mes derniers gros sacs et meubles (mon fameux lit Ikea qui ne voulait pas se laisser démonter, comme si je n’avais pas assez de Krisprolls sur la planche !). Après deux voyages et je ne sais pas combien de fois quatre étages à descendre (et surtout à monter) dans chaque immeuble, et après beaucoup de claquements de porte « accidentels » (petit retour de bâton car, à onze heures du matin, AA roupillait toujours bien sûr), ma chambre était entièrement vide. Soulagement certain, mais de courte durée, que faire pour sauver les murs et mon chèque de caution ? Sachant que je n’avais rien à attendre de la propriétaire de l’appartement (une veille fouine malpolie) en ce qui concernait la re-peinture de ma chambre, je me suis laissée convaincre par mon Américain que j’étais parfaitement capable de rafraichir mes murs moi-même ! Sans prendre le temps de défaire mes sacs ou de remonter mon lit, je suis retournée à l’appartement de mon amie pour me doucher et déjeuner, et me suis dirigée dans la foulée vers le Mr. Bricolage américain ! J’ai peint tout l’après-midi… La journée a été épuisante, et épatante ! Je sais peindre !!! On ne devrait jamais sous-estimer les joies du travail manuel intensif…
Day Three, lundi : J’ai fini la peinture de ma chambre le matin. Une fois tous les murs secs,  je suis retournée pour la dernière fois dans mon appartement du East Village afin de m’occuper des ultimes détails (désinstaller l’atelier peinture de pro, aspirer, dépoussiérer les plaintes, vider les poubelles…). J’ai laissé la pièce dans un état sublime, avec les clés sur la table de la cuisine…. Il ne me restait plus qu’à essayer d’oublier l’angoisse et la rage que cette colocataire vicieuse avait provoquées en moi.
Trois semaines plus tard, après des emails et des coups de fils laissés sans réponse à AA, je la menace de sanctions légales. Le lendemain je reçois ENFIN par la poste mon chèque de caution. THE END”

[Retour au présent]

Rétrospective “Sleeping with the Enemy (enfin pas dans la même chambre)” 
Dr. Jekyll and Mr. Hyde (Rouben Mamoulian, 1931)
Sleeping with the Enemy (Joseph Ruben, 1991)  
Single White Female (Barbet Schroeder, 1992)
The Joy Luck Club (Wayne Wang, 1993)

Marion en V.O